Si vous vous renseignez pour écrire votre histoire, vous allez rencontrer le terme « récit de vie ». Cette expression désigne la production orale qu’une personne fait à partir d’événements vécus pendant son existence. Nous pratiquons tous le récit de vie : qui n’a jamais raconté à un interlocuteur un épisode marquant de son parcours, une anecdote vécue pendant l’enfance, un moment partagé en famille ? Ce message oral peut être transcrit en plusieurs formes littéraires (journal, biographie, mémoires, portrait…) que nous allons explorer ici.

La biographie et la biographie familiale

Une biographie est un livre qui retranscrit l’histoire de vie d’une personne ou d’une famille. Elle peut être écrite par un journaliste, un critique d’art ou un biographe (qu’on appelle aussi écrivain public, écrivain privé, prête-plume, plume de vie, nègre littéraire ou ghostwriter). Comme la vie du « biographié » est rédigée par une tierce personne, cela induit un certain point de vue. Il est donc essentiel de bien choisir votre écrivain biographe, pour vous sentir en confiance et vous livrer sans tabou.

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En général, le récit est linéaire : des origines (naissance, état civil, ascendants, territoire) jusqu’au jour de l’écriture (ou jusqu’à la mort, si le narrateur est décédé). Cependant, de nouvelles formes de biographies voient le jour : tranches de vie, récits non chronologiques, recueil de témoignages sur une personne, etc.

La biographie familiale est un récit de vie écrit destiné à la famille. Elle est imprimée en quelques exemplaires, qui sont distribués aux proches et seront transmis aux descendants. Elle peut être réalisée avec un seul narrateur, ou en consultant plusieurs personnes (frères et sœurs, enfants, petits-enfants, cousins, etc.). Cette approche chorale se traduit alors en un livre mosaïque, construit comme les Évangiles : Jean vu par Nicole, Jean vu par son fils, etc.

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L’autobiographie

Quand le narrateur décide d’écrire lui-même sa biographie, on parle d’autobiographie. C’est l’histoire d’une vie racontée par celui qui l’a vécue. Pour structurer son récit, il devra choisir des éléments de son existence et les agencer en un livre cohérent. L’exercice est délicat : seul face à sa page blanche, l’écrivain ne peut s’appuyer sur un regard extérieur. Il raconte les événements de sa vie, ses rencontres, ses pensées, ses émotions…

Beaucoup d’autobiographies de personnes célèbres sont signées de leur nom. Pourtant, ces stars n’ont pas écrit seules : elles ont fait appel à un ghostwriter, écrivain fantôme, qui reste dans l’ombre et rédige le récit entendu lors des entretiens. Le narrateur intervient ensuite pour modifier, compléter, ciseler ce texte qui deviendra SON livre. Les deux collaborateurs (narrateur et biographe) sont co-auteurs du livre. Cependant, un contrat de cession des droits d’auteur peut être établi afin que le nom du ghostwriter n’apparaisse pas sur la couverture.

L’un des plus célèbres ghostwriters américains est J.R. Moehringer, connu pour avoir écrit Spare, la biographie du prince Harry, en 2022 (Le suppléant, paru en France en janvier 2023). Il avait auparavant collaboré avec le tennisman André Agassi, puis avec Phil Knight, cofondateur de Nike.

Récit de vie : définition et formes littéraires

Du journal intime au journal extime

Vous connaissez certainement le journal intime ou carnet personnel. L’auteur y écrit, jour après jour, ses réflexions, les événements de sa vie, ses émotions ou sa gratitude. Cet écrit, parfois secret (et bien caché), n’a pas vocation à être publié. Pourtant, de nombreux journaux et carnets d’écrivains l’ont été. Certains sont devenus des best-sellers.

Le plus célèbre d’entre eux est certainement Le Journal d’Anne Frank, tenu du 12 juin 1942 au 1er août 1944, pendant l’occupation allemande, alors que l’adolescente juive était cachée avec sa famille dans l’Annexe. Il a été traduit en 70 langues et vendu à des dizaines de millions d’exemplaires.

Deviendrai-je jamais une journaliste et un écrivain ?
Je l’espère tant, car en écrivant je peux tout consigner, mes pensées, mes idéaux et les fruits de mon imagination.

Anne Frank

Le journal intime est bien connu. Mais savez-vous ce qu’est un journal extime ? Ce terme vient du titre d’un livre publié par Michel Tournier en 2002. Dans Journal extime, il délaisse la confession et l’étude de soi pour se tourner vers l’extérieur. L’écriture diaristique décrit alors l’évolution de son environnement, les rencontres qu’il a faites ou les petits travaux réalisés dans sa maison. Annie Ernaux pratique aussi cette « écriture du dehors ». Précisons qu’un journal peut être à la fois intime et extime.

Les mémoires

Un mémorialiste écrit ses mémoires : il retrace à l’écrit le récit de sa propre vie, en lien avec des événements historiques. Ses souvenirs sont collectés rétrospectivement (à la différence du journal, écrit au fil du temps). Les mémoires sont souvent rédigés par des personnages importants, historiques, à l’instar de Jules César (Commentaires sur la Guerre des Gaules).

Comme l’autobiographie, les mémoires associent écriture de soi et récit de vie, mais ils mettent l’accent sur les actes de l’auteur et son rôle, en lien avec le contexte historique de son époque. Il apporte son témoignage et son point de vue sur les faits historiques auxquels il a assisté ou participé.

Nous l’avons vu, une autobiographie ressemble à des mémoires, mais elle est davantage centrée sur la vie intérieure et la personnalité du narrateur.

Le témoignage

Ce genre littéraire serait apparu lors de la guerre 1914-1918 : des soldats anonymes ou ordinaires ont raconté leur expérience dans des journaux, carnets et lettres. Depuis les tranchées, ils décrivaient leur vie quotidienne, les combats, les privations, le manque d’hygiène… C’était un genre nouveau, des fragments de vie récoltés sur le vif, précieux et éphémères.

Un témoignage est le récit par un auteur d’une brève période de sa vie, pendant laquelle il a traversé des épreuves qui l’ont radicalement transformé. Après la seconde guerre mondiale, ce sont les témoignages de rescapés des camps de concentration qui ont marqué les lecteurs : Si c’est un homme de Primo Lévi, La nuit d’Elie Wiesel ou Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo.

Récit de vie : portrait et autoportrait

Le portrait est une technique utilisée dans les romans pour décrire un personnage. Au XIXe siècle, le portrait devient incontournable et s’articule autour de trois axes :

  • les critères physiques (allure, traits du visage, mouvements du corps, tics, signes particuliers) ;
  • les critères psychologiques ou moraux (caractère, sentiments, pensées) ;
  • les critères sociaux (vêtements, métier, habitat, milieu, fréquentations, langage, idéologie).

Aujourd’hui, le portrait correspond également à un genre journalistique : il est au récit ce que la photo est à la vidéo. Il constitue un instantané, pris sous un certain angle, pour présenter une personne de manière sobre et efficace. Il est écrit par le journaliste en utilisant un point de vue omniscient, à la troisième personne du singulier.

Parfois, c’est le narrateur lui-même qui rédige son autoportrait. L’un des plus connu est celui que Diderot a écrit pour critiquer son portrait réalisé par le peintre Jean Michel Van Loo. Le philosophe des Lumières n’aimait pas les représentations faites de lui, en peinture ou en sculpture.

Le roman autobiographique

Le roman autobiographique est un genre littéraire long, à la croisée du roman-mémoires et de l’autobiographie. L’auteur écrit un roman à la première personne du singulier, dont le personnage central et narrateur est inspiré de sa propre vie.

Parmi les auteurs de romans autobiographiques, on trouve Marguerite Duras, Jules Vallès, Romain Gary, Marcel Pagnol et Hervé Bazin.

L’autofiction

Le terme autofiction a été créé en 1977 par l’écrivain Serge Doubrovsky pour désigner son roman Fils. Ce terme, subtil à définir, fait l’objet de nombreuses critiques. Vous trouverez un historique de son évolution sur le site autofiction.org.

Comme dans l’autobiographie, l’auteur d’une autofiction en est aussi le narrateur et le personnage principal (principe des trois identités). Cependant, l’œuvre est fictionnelle :

  • les événements et les faits sont réels mais la narration est romancée ;
  • le titre, la quatrième de couverture et la mise en forme s’appuient sur les normes du roman ;
  • la narration peut utiliser la troisième personne du singulier ;
  • les noms des personnages ou des lieux sont souvent modifiés ;
  • la fiction devient l’outil d’une quête identitaire.

Ces éléments sont à prendre avec prudence et susceptibles d’être remis en cause. En effet, vous l’avez compris, le terme autofiction est récent, difficile à cerner… et sujet à controverse.

En bref

L’écriture de soi est basée sur le récit de vie, l’histoire de vie racontée à l’oral par le narrateur. Lors des entretiens biographiques, ce récit de vie est la matière essentielle pour le travail de l’écrivain prête-plume : il s’appuie sur les mots du narrateur pour transcrire son parcours à l’écrit. Le livre qui en résulte peut prendre différentes formes : biographie personnelle, biographie familiale, portrait, témoignage, mémoires. L’auteur peut également écrire lui-même son œuvre. Il publie alors son journal, son autobiographie, ou réalise un autoportrait littéraire. Enfin, il peut créer un roman autobiographique ou une autofiction, en inventant un personnage et des péripéties basés sur son existence réelle. Les possibilités sont multiples. Libérez votre créativité et exprimez-vous !

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Natacha

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